Présidentielle en Côte d’Ivoire : la candidature du président Ouattara acceptée, celles de Soro et Gbagbo rejetées

AFRIQUE

A 78 ans, le chef de l’Etat pourra bien briguer un troisième mandat, alors que l’opposition lui contestait ce droit en vertu de la Constitution. Condamnés par la justice ivoirienne, Laurent Gbago et Guillaume Soro sont en revanche écartés.

Le Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire a validé, lundi 14 septembre, la candidature du président, Alassane Ouattara, à un troisième mandat controversé et a rejeté celles de l’ex-président Laurent Gbagbo et de l’ex-chef rebelle et ex-premier ministre Guillaume Soro à la présidentielle du 31 octobre.

Seules quatre des 44 candidatures déposées à la Commission électorale ont été validées par le Conseil constitutionnel. M. Ouattara, qui promet une victoire « un coup K.-O. » (au premier tour) aura donc comme adversaires son vieux rival, ancien allié et ancien président Henri Konan Bédié (1993-1999), Pascal Affi Nguessan, ancien premier ministre sous la présidence de Laurent Gbagbo, et l’ancien député Kouadio Konan Bertin, dissident du parti de M. Bédié, le PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire).

La crainte de violences meurtrières à l’approche du scrutin du 31 octobre et après les élections, est forte, dix ans après la crise née de la présidentielle de 2010 qui avait fait 3 000 morts. Cette crise était née du refus du président d’alors, Laurent Gbagbo, de reconnaître sa défaite électorale face à Alassane Ouattara.

L’annonce de la candidature de M. Ouattara avait dégénéré en violences ayant fait une quinzaine de morts en août. Lundi matin, alors que la décision du Conseil constitutionnel n’était pas connue, des manifestations et des marches contre la candidature de M. Ouattara se sont terminées par des affrontements avec les forces de l’ordre, dans plusieurs villes de Côte d’Ivoire.

Le changement de Constitution remet les compteurs à zéro

Le Conseil constitutionnel n’a pas suivi les requêtes de plusieurs opposants, qui estimaient que M. Ouattara ne pouvait accomplir un troisième mandat, la Loi fondamentale limitant leur nombre à deux.

Le Conseil a rappelé que le changement de Constitution, en 2016, n’était pas une « révision » et conclu : « La question de la possibilité ou non, pour le président de la République sortant de briguer un nouveau mandat doit s’analyser à l’aune de l’adoption d’une nouvelle Constitution. »

Ironie, pour appuyer ses conclusions, l’instance a même cité M. Affi Nguessan (auteur d’une des requêtes de l’opposition), rappelant ses anciennes déclarations critiquant la nouvelle Constitution : « Rien dans la nouvelle Constitution n’empêche le président Ouattara d’être candidat à sa propre succession à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020. »

Comme la précédente, la Constitution de 2016 limite à deux les mandats présidentiels. Les partisans de M. Ouattara affirmaient que le changement de Constitution avait remis le compteur à zéro, alors que l’opposition jugeait sa nouvelle candidature inconstitutionnelle.

« Anéantissement de la démocratie »

La cour a en revanche sans surprise rejeté les candidatures de MM. Gbagbo et Soro, qui ont tous les deux été condamnés par la justice ivoirienne.

M. Gbagbo, 75 ans, qui ne s’est encore jamais prononcé publiquement sur sa candidature, est toujours en liberté conditionnelle en Belgique, dans l’attente d’un éventuel procès en appel devant la Cour pénale internationale (CPI), qui l’a acquitté en première instance de l’accusation de crimes contre l’humanité.

Mais il est sous le coup d’une condamnation en janvier 2018 à vingt ans de prison par la justice ivoirienne pour l’affaire dite du « Braquage de la BCEAO », la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest, lors de la crise de 2010-2011.

M. Soro a quant à lui été condamné en avril à vingt ans de prison pour recel de détournement de deniers publics.

« Je conteste vigoureusement la décision injuste et infondée prise par le Conseil constitutionnel. Je considère que c’est une décision inique, politiquement motivée, juridiquement boiteuse et qui s’inscrit dans une logique d’anéantissement de la démocratie et l’Etat de droit », a réagi M. Soro sur Twitter et Facebook.

« Le Conseil constitutionnel vient de cautionner, et cela sans surprise, la forfaiture et le parjure de M. Ouattara (…) Dans ces circonstances, j’annonce que nous engagerons une étape nouvelle de notre combat pour la démocratie dans notre pays. Elle sera âpre mais nous la gagnerons sans aucun doute », a menacé Guillaume Soro, qui a promis de dévoiler ses intentions le 17 septembre lors d’une conférence de presse en France.