Zambie : 472,5 millions $ de fonds reçus sont suspectés de fraude, selon les « FinCEN Files »

AFRIQUE

(Agence Ecofin) - Les dossiers du FinCEN, une instance américaine de lutte contre les crimes financiers, révèlent que 472,5 millions $ de fonds transférés vers la Zambie entre 2007 et 2017 étaient suspectés de fraude. Globalement, ce sont plus de 2000 milliards $ de transactions qui sont indexées.

472,5 millions $ de fonds transférés des Etats-Unis pour la Zambie entre 2007 et 2017 sont soupçonnés d'être le produit de la fraude bancaire, apprend-on des révélations faites le 20 septembre 2020 par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ).

L'information qui cite des documents ayant fuité du FinCEN, le réseau de lutte contre la criminalité financière aux USA, renseigne que l'essentiel de ces fonds (462,3 millions $) sont partis de Citigroup pour des comptes logés au sein de la filiale en Zambie du groupe sud-africain Standard Bank, Stanbic Bank Zambia.

Par ailleurs, 11,4 millions $ de paiements effectués par des banques de ce pays à des correspondants étrangers sont soupçonnés de fraude. Le détail des 164 opérations qui concernent  la Zambie est disponible exclusivement auprès des journalistes membres du consortium. Au total, ce sont près de 2000 milliards $ de transactions financières internationales qui sont suspectées de fraude dans le cadre de cette affaire, impliquant plusieurs personnalités africaines ou leurs proches.

Ainsi, Jean-Pierre Bemba un homme politique de la République démocratique du Congo y est cité. De même que Lamine Diack, ancien président de la Fédération internationale d'athlétisme condamné pour des faits de corruption dans le cadre d'un vaste réseau impliquant des Russes. Isabel dos Santos, fille de l'ancien président angolais José Eduardo dos Santos, est aussi impliquée. On a enfin la femme d'Atiku Abubakar, ancien vice-président du Nigeria accusé de corruption dans son pays, et qui a toujours nié les faits.

L'affaire fait grand bruit aux USA où l'administration se donne régulièrement la compétence de juger des transactions financières en violation des lois et règlements en vigueur. On comprend donc mal comment près de 200 000 cas de soupçons de fraude signalés à partir des banques n'ont pas fait l'objet de procédure appropriée.

On découvre aussi que plusieurs banques opérant aux Etats-Unis ont violé les délais concernant les déclarations de soupçons de fraude. Selon le cas, ces institutions ont entre 30 et 60 jours pour rapporter des transactions suspectes. Mais pour plusieurs des banques citées, le délai pour dénoncer est compris entre 136 jours et même 1206 jours

le FinCEN qui concentre toutes ces données a publié un communiqué, se dédouanant d'avoir mis à la disposition de l’ICIJ ces documents embarrassants. Il y invite la justice américaine à sanctionner les personnes qui feraient ces révélations. Mais dans un autre document, l'institution reconnait qu'il y a un besoin de revoir les procédures de lutte contre le blanchiment d'argent aux USA et a lancé un appel à contribution à cet effet.

Bien que faites d'une manière qui peut être jugée peu orthodoxe, ces révélations ont rouvert le débat international sur la nécessité de renforcer la manière dont on combat la criminalité financière dans le monde.

« Une combinaison de réformes de la réglementation, de changement culturel et de déploiement de nouvelles technologies pourrait améliorer considérablement le travail des gouvernements, des forces de l'ordre et du secteur financier pour contrer les menaces des criminels financiers », fait savoir l'Institute of international Finance dans un document conjointement publié avec la firme d'audit international Deloitte sur le sujet.

Idriss Linge