Kinshasa : Interdiction d’organiser les funérailles à domicile après l’état d’urgence, quid de la légalité de la mesure ?

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Affronter la mort d’un proche est l’une des épreuves les plus difficiles qui soient.

En plus du deuil, la famille doit annoncer la triste nouvelle aux proches et amis, s’occuper de l’ouverture de la succession , régler les aspects financiers, et surtout organiser les funérailles.

Organisateur des funérailles: un casse tête Kinois

Avant l’apparition de la covid19, organisateur des funérailles, à Kinshasa, plus qu’ailleurs sur le territoire national, était un véritable casse tète.

En effet, l’organisation des funérailles, avec tout ce qui l’entoure en termes de dépenses exorbitantes à engager, mettait plusieurs familles dans un état de souci permanent. Les morts ruinent les vivants réalisent-on dire.

 Mais ça c’était avant.                                           

Réglementation des funérailles durant l’état d’urgence sanitaire

On se rappellera avec la déclaration de l’état d’urgence sanitaire en RDC , sur un compté parmi les mesures exceptionnelles prises par les autorités: l’interdiction de l’organisation des deuils dans les salles, les domiciles ou sur la voie publique. 

Ainsi, durant les derniers mois, les dépouilles mortelles ont été conduites directement de la morgue jusqu’au lieu d’inhumation en nombre restreint d’accompagnateurs.

Fallait-il revenir aux anciennes habitudes avec la levée de l’état de l’urgence sanitaire?

Si pour les autres régions du pays la question ne s’est pas posée, à Kinshasa le gouverneur a décidé de maintenir cette interdiction de l’organisation des funérailles à domicile.

Quid de la légalité de cette mesure? Que prévoit la loi congolaise en matière d’organisation des funérailles?

Que prévoit la loi pour l’organisation des funérailles en RDC?

 

La législation congolaise en matière de funérailles et de sépultures date de l’époque coloniale. Les premiers textes réglementaires ont été signés entre 1907 et 1915 pour être complétés dans les années 50.  

Non seulement ils sont obsolètes, mais aussi ils sont inadaptés à l’évolution de la société congolaise.

Ainsi, l ‘ ordonnance du 14 février 1914 sur le service des inhumations et police des cimetières ; se limite à réglementer les déclarations de décès, les autorisations d’inhumer, la levée des corps et les modalités d’acquisition des terres de sépulture.

Les délais des funérailles et les modalités des obsèques ne sont nullement abordés.

C’est dans ce contexte que le député national Claudel Lubaya annonçait, il y a de cela une année la préparation d’un projet de loi sur l’organisation des funérailles en RDC .

Comment apprécier dès lors de la décision du Gouverneur de Kinshasa?

La nécessité de réglementer le secteur, mais … 

Certes, la législation actuelle est obsolète et non adaptée. Mais faut-il ignorer le droit qu’une personne de pleurer ses morts, ou mieux, considérablement restreindre ce droit?

 » Le corps quitte la morgue, il est exposé au funérarium pour le recueillement pendant près de 45 minutes, puis il prend la direction de l’église avant de finir au cimetière  » a déclaré le Gouverneur de Kinshasa lors de la pose de la première pierre pour les travaux de construction d’un nouveau bâtiment de funérarium qui sera installé à l’hôpital Mama Yemo.

Fini les veillées mortuaires, fini la location d’espace pour pleurer ses morts, ou encore l’acheminement des dépouilles mortelles à la maison.

Désormais, les cérémonies des derniers hommages à Kinshasa ne dureront que 45 minutes, ensuite la dépouille prend la direction de l’église pour finir au cimetière.

A mon humble avis, la mesure est louable, mais nécessite une réflexion de fond.

Il faut trouver le juste équilibre entre une organisation des funérailles sobre et le droit de pleurer « comme il se doit » ses morts. N’oublions pas que dans la tradition Bantou tout décès est suivi d’une veillée.

Bien plus, l’exploitation des funérariums est un secteur économique en plein évolution à Kinshasa.

Plutôt que de casser cet élan, il serait judicieux de profiter de l’occasion pour réglementer ce secteur économique afin non seulement qu’il ne soit pas laissé à l’arbitraire des opérateurs économiques mais aussi et surtout qu’il permette aux entités décentralisées d ‘élargir leur assiette fiscale.

Pour conclure, je pense qu’il faut une partie d’une législation nationale en matière de réglementation des funérailles qui s’adapte à l’évolution de la société congolaise, et, d’autre part; des décisions réglementaires qui s’adaptent à la culture de chaque ville ou province du pays. 

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