L'ambassadeur du Rwanda en RDC peut-il être expulsé après ses propos "négationnistes"?

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Dans un tweet depuis effacé, l’ambassadeur du Rwanda en RDC, Vincent Karega, a tenu des propos jugés "négationnistes" sur les massacres perpétrés à l’Est durant la guerre de 1998.

En effet, ce dernier avait répondu à un Congolais qui évoquait plus d’un millier de morts dans les massacres de Kasika et d’autres villages, dans le Sud-Kivu, les attribuant à des militaires rwandais. Le diplomate a répliqué sur son compte Twitter en évoquant un « narratif simpliste », une « calomnie » ou même de la « propagande ».

Ces propos ont provoqué la colère de nombreux activistes.

Plusieurs mouvements et personnalités de la Société civile et de l'Opposition congolaises réclament son expulsion depuis des semaines.

L'ambassadeur du Rwanda peut-il être expulsé après ses propos ?

L’État congolais peut, à tout moment (ce de manière discrétionnaire), déclarer un agent diplomatique non acceptable sur le territoire congolais. Cette décision lie l’État accréditant ou d’envoi qui est alors tenu de rappeler la personne indésirable et de s’assurer de son départ effectif du territoire.

Comment et pourquoi un diplomate peut-il se faire expulser ?

L’expulsion d'un diplomate reste une mesure avant tout symbolique. C’est une façon, pour un État, de manifester un mécontentement, d’exprimer une position politique et surtout d’éviter tout signe de faiblesse.

En vertu de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques (1961) et la Convention sur les relations consulaires (1963), les diplomates jouissent d’un statut reconnu internationalement, et notamment d’une immunité qui les couvre dans l’exercice de leur fonction. Ces avantages doivent les rendre libres de leur action dans des contextes politiques parfois difficiles.  

Lorsqu'un diplomate est désigné « persona non grata » (« personne qui n’est pas la bienvenue »), il est visé par une procédure d’expulsion.

La décision d’expulsion doit être assumée par l’État d’envoi, qui est tenu de rappeler la personne jugée indésirable et de s’assurer que son départ du territoire est effectif. Si ce dernier refuse, l’État d’accueil peut refuser de reconnaître la personne concernée en tant que membre d’une mission diplomatique et peut alors être expulsé comme n’importe quel citoyen étranger.

La RDC va-t-elle expulser l'ambassadeur Rwandais ?

Bien que l’ambassadeur rwandais avait été convoqué mardi 25 août par le président Tshisekedi qui l’aurait « recadré » suite à ses propos, le Gouvernement congolais n'a pas encore pris des mesures concrètes et s'est contenté d'exprimer son indignation, pour l’instant.  

“Notre gouvernement désapprouve les prises de position de cet ambassadeur, il y a des mesures qui seront prises en rapport avec cette prise de position que je ne veux dévoiler ici”, a déclaré le porte-parole Jolino Makelele sur les ondes de top Congo Fm.

À la question de savoir si l’expulsion de l’ambassadeur Rwandais Vincent Karega serait envisageable, Jolino Makelele  répond “Aucune mesure de rétorsion n’est exclue pour l’instant mais tout cela relève de la diplomatie et du secret d’État, je préfère ne pas en parler pour l’instant. Ce qu’il dit là n’est pas de nature à favoriser des bonnes relations entre la RDC et le Rwanda, toutes les hypothèses sont permises, les bornes ont été dépassées, il ne faut pas qu’on assassine la mémoire des congolais tel que cela est le cas avec ce genre de propos”.

Le dossier reste donc à suivre.