8 mars Journée internationale des droits des femmes : l'effectivité de ces droits en RDC peine suite notamment à la sous-estimation des femmes elles-mêmes

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La Journée internationale des femmes célébrée à travers le monde le 8 mars est, depuis plus d'un siècle, symbole de luttes et revendications pour le droit des femmes, contre le sexisme et les inégalités face aux hommes.

Si sous d'autres cieux la question de l'effectivité des droits reconnus à la femme est de mise, il en n'est pas le cas en République démocratique du Congo.

À notre sens, cette ineffectivité est dû notamment à la sous-estimation des femmes elles-mêmes, mais à quelques exceptions près, considérant à nos jours les efforts incroyables et encourageants de certaines braves femmes aux fins de la parité homme-femme mieux l'égalité de genre.

Il est question dans le présent article d'évoquer d'abord le cadre juridique des droits des femmes (I), en suite, examiner à proprement dit la question se rapportant à l'ineffectivité des dits droits suite notamment à la sous-estimation des femmes elles-mêmes (II).

   I. LE CADRE JURIDIQUE DES DROITS DES FEMMES

Les droits des femmes sont consacrés non seulement par des instruments juridiques à l'échiquier international ou universel (A), mais également par les instruments juridiques à caractère régional (B) et national (C).

 A.  PROTECTION DES DROITS DES FEMMES UNIVERSELLEMENT

Dès son préambule, la Charte des Nations Unies en ses articles 8, 13, 55 et 76 mentionne l’égalité des droits des hommes et des femmes et la non-discrimination entre homme et femme. Il en est de même de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme spécialement en ses articles 1 et 2.

Il convient de noter que la protection internationale de la femme résulte de la Convention des droits politiques des femmes adoptée en 1952 et la Convention sur la femme mariée de 1957. Tous ces textes ont entraîné un droit particulier des femmes. Ils ont été rassemblés dans la Déclaration sur l’élimination des discriminations à l’égard des femmes de 1967. C’est la Commission de la Condition de la femme qui en est à l’origine ainsi que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes de 1979.

Les objectifs recherchés dans ces textes sont l’égalité et la promotion de la femme ainsi que sa participation au développement.

 B. PROTECTION DES DROITS DES FEMMES AU NIVEAU RÉGIONAL

Au niveau régional, la mise au point du Nouveau partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD) a été l'occasion pour les chefs d'États et des gouvernements de considérer l'égalité entre hommes et femmes et l'habilitation de ces dernières comme des facteurs essentiels de l'éradication de la pauvreté et du développement durable.

Au niveau de la Charte de l'Union Africaine, il est clairement stipulé qu'il revient à l'Etat de « veiller à l'élimination de toute discrimination contre la femme et d'assurer la protection des droits de la femme et de l'enfant tels que énoncés dans les déclarations et conventions internationales ».

Au sommet de Maputo, tenu en juillet 2003, les chefs d'état ont introduit la parité Homme Femme dans le Conseil de l'Union et ont adapté le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatif aux droits de la Femme. Le Protocole en question traite de manière spécifique les mesures à prendre pour combattre effectivement la discrimination à l'égard des femmes sous toutes ses formes.

Cet engagement de l'Union Africaine est confirmé à la Conférence des Chefs d'États et des Gouvernements de 2004 qui ont adopté une Déclaration solennelle e' faveur de l'égalité entre hommes et femmes dans les instances de décision et au niveau des postes électifs.

   C. PROTECTION DES DROITS DES FEMMES EN DROIT INTERNE

Au niveau national, deux textes consacrent la protection des droits des femmes, il s'agit d'une part, de la Constitution de la République du 18 février 2006 telle que modifiée et complétée à ce jour consacrant ainsi le principe de la mise en œuvre de la Parité Homme et Femme.

En effet, l'article 14 de la Constitution précitée dispose :

« Les pouvoirs publics veillent à l'élimination de toute forme de discrimination à l'égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits.

Ils prennent, dans tous les domaines, notamment dans les domaines civil, politique, économique, social et culturel, toutes les mesures appropriées pour assurer le total épanouissement et la pleine participation de la femme au développement de la nation. Ils prennent des mesures pour lutter contre toute forme de violences faites à la femme dans la vie publique et dans la vie privée.

La femme a droit à une représentation équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales.

L'Etat garantit la mise en œuvre de la parité homme-femme dans lesdites institutions... »

Et d'autre part, la Loi n°15/013 du 1er août 2015 portant modalités d’application des droits de la femme et de la parité.

Si le droit a pris soin de protéger la femme comme nous l'avons démontré ci-haut, a contrario, nous estimions que des femmes en soient font partie des obstacles de l'effectivité des droits leur reconnus par le droit (les textes juridiques) suite à la sous-estimation par rapport aux hommes.

 II. LA SOUS-ESTIMATION DES FEMMES ELLES-MÊMES PAR RAPPORT AUX HOMMES COMME UN DES OBSTACLES À L'EFFECTIVITÉ DES DROITS DES FEMMES EN RDC.

L'application du genre éprouve des contraintes d’une manière très significative dans la société congolaise.

En effet, la situation dans laquelle nous avons constaté l’état du genre dans la société congolaise est étroitement tributaire de la conception que se font les hommes de la nature de la femme et de son rôle dans la famille et dans la société. Mais, la femme congolaise a également une bonne part de responsabilité à cause de sa contribution à véhiculer les valeurs négatives qui se sont enracinées au fil du temps en elle et au manque de confiance en elle-même.

Pour confirmer cette thèse, il suffit d'observer le comportement de la femme dans la société.

Sans pour autant ignorer d'une part, la responsabilité de l'Etat congolais, et d'autre part, le fait qu’il existe un défaut de coalition et d’harmonie qui prévaut entre l’homme et la femme au Congo et la dictature des hommes sur les femmes très déplorable, il y a lieu d'affirmer que les femmes congolaises sont non seulement sous-estimées par les hommes mais également et surtout par elles-mêmes.

En effet, la majorité des femmes en milieu professionnel par exemple ne veulent pas avoir comme chef une femme en prétextant (à tort d'ailleurs) que si l'une des leur est élevée tôt ou tard elle fera preuve d’ingratitude voire d'indolence (une thèse qui frise tout de même la jalousie inter féminine). Pour elles, mieux vaut un homme à la tête d'une structure qu'une femme car, un homme est censé être plus compétent qu'une femme.

Par ailleurs, des femmes congolaises nous donnent une malheureuse impression comme s’il existerait des travaux propres aux femmes et des travaux propres aux hommes. Pour preuve, s'il y a des postes à pourvoir dans une structure étatique ou privée, il est rarissime de voir les femmes viser des postes de direction ou de commandement. Ce qui leur intéressent souvent c’est la trésorière, le secrétariat, la restauration, le social, etc.

En famille et en milieu scolaire voire universitaire, les femmes ou les filles ont faussé au départ l’équilibre entre elles et les hommes en ce sens que les filles ou les femmes, au lieu de se libérer, elles se maintiennent malheureusement dans l’exécution des tâches insignifiantes voire ingrates du genre : 

  - La production alimentaire ;

 -  La conservation mieux l'intendance ;

 -  Le pilage ;

 -  Le vannage ; 

 -  Le battage ;

 - Le tissage ;

  - La poterie ;

  - La fréquentation des marchés ainsi que ;

  - L'approvisionnement en eau et combustible.

Il y a donc là, un mauvais départ de la femme dans l'égalité de genre car, avec une telle conception, dès le bas-âge, il est psychologiquement éduqué dans le chef de la femme qu'elle serait inférieure à l'homme, pourtant, il est des femmes à même d'assurer les postes de commandement mais demeurant dans l'ombre fort de cette sous-estimation.

En définitive, au vu des opportunités constatées, l’espoir pour une société équilibrée, harmonieuse entre l’homme et la femme demeure permis mais ce, à long terme aux regards des contraintes à surmonter afin que la majorité des femmes congolaises qui souffrent encore de complexe d’infériorité rejoignent la minorité de celles qui sont déjà affranchies.

Les femmes adultes non encore affranchies n’ont plus beaucoup de chance de cueillir des fruits d’une société congolaise équilibrée en genre.

D'où, pour faire face à ces contraintes et opportunités du genre en RDC, des mesures de renforcement sont envisageables à court, moyen et long terme. Sans faire cet échelonnement, nous croyons que les plus importantes seraient les suivantes :

1. Des efforts considérables doivent être déployés par tous, hommes et femmes, à tous les échelons et dans tous les domaines de la société congolaise pour récupérer tant soit peu la situation et s’occuper sérieusement de la fille, cette femme de demain qui doit jouir de la santé, de la confiance en soi et de l’éducation au même titre que l’homme. À ce sujet, un auteur n’a-t-il pas dit que « la dignité humaine d’un milieu social s‘apprécie par le rang que la femme y obtient et mérite d’y tenir ?» ;

2. Des actions de grande envergure devraient être entreprises pour éduquer davantage la population afin d’éradiquer les préjugés à l’égard de la femme ;

3. Il est également impérieux que soient renforcés et diversifiés les mécanismes qui permettent de suivre la situation des femmes afin de l’améliorer. Pour cela l'État congolais devrait être rigoureux pour avoir des statistiques et informations fiables et mises à jour régulièrement sur la situation des femmes. Il ne suffît pas d'organiser un cadre juridique de protection des droits des femmes, faut-il aussi pour l'Etat de promouvoir significativement ces droits aux fins de faire progresser au plus haut niveau une importante politique sociale en termes de l'égalité de genre ;

4. Il faudrait aussi promouvoir le partage des responsabilités domestiques entre la femme et l'homme. D'où, il est recommandé à ce dernier de faire des concessions car, ni légalement, ni divinement, il est nulle part dit que les responsabilités domestiques (ménage) sont l'apanage des femmes ;

 5. En fin, l'instruction de la femme ne doit pas être en reste.

Aujourd’hui, bien que libre, l'enseignement ou l'éducation est organisée constitutionnellement (art. 45) en RDC pour tous de la même manière sans plus de discriminations de sexe car, toute personne, y compris la femme ou fille a accès aux établissements d’enseignement national et ce, selon ses capacités. À ce sujet, nous reconnaissons tout de même l'ineffectivité de cette non-discrimination en milieu rural surtout.

Nous croyons donc qu’en ayant confiance en soient, et en mettant à leur disposition les mêmes moyens que les hommes, les femmes sont aussi capables de tout faire que ces derniers.