Le déplacement des populations de Goma suite à l'éruption volcanique : Est-ce l'émergence d'une nouvelle catégorie des réfugiés ?

INSTITUTIONS

C'est depuis samedi soir, 22 mai que le volcan Nyiragongo est entré en éruption poussant ainsi la population de la Ville de Goma et de ses environs à abandonner leurs maisons pour trouver refuge ailleurs dans un endroit plus sûr. D'après un article publié sur 20.minutes.fr, le Rwanda voisin aurait ouvert ses frontières pour accueillir plus de 3000 déplacés.

De ce fait, peut-on au regard du droit international qualifier ces déplacés des “réfugiés environnementaux” du fait qu'ils se sont déplacés en raison de la dégradation de leur environnement ou il s'agirait en réalité des “réfugiés climatiques” de suite du déplacement causé par un phénomène climatique ? Éléments de réponse dans les lignes suivantes.

1. Qu’entend-on par réfugiés environnementaux ?

Rappelons qu'il s'est tenu en décembre 2008 dans la ville de Poznan la quatorzième conférence des parties à la Convention des Nations unies sur les changements climatiques. Et lors de cette rencontre, le diplomate américain L. Craig Johnstone, alors Haut-Commissaire adjoint du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), avait dans intervention annoncé que près de 250 millions de personnes seront amenées à se déplacer au milieu de ce siècle en raison d’un environnement dégradé.

Les catastrophes naturelles, dégradations environnementales et autres événements ou processus climatiques (désertification, sécheresse, augmentation du niveau de la mer) entraînent déjà, et susciteront dans les prochaines années, des situations humaines dramatiques. Et ce d’autant plus que les déplacements et mobilités liés à ces causes environnementales se multiplieront en raison des conséquences des changements climatiques. Cela suscite une interrogation qui est celle de savoir si comment peut-on définir et protéger cette catégorie des personnes qui sont obligés de se déplacer ?

Le terme “réfugiés environnementaux”, est apparu vers le milieu des années 1980. Cependant aujourd'hui lorsqu'on emploie le terme “réfugié” que ça soit dans les milieux professionnels ou académiques, on se réfère directement à la convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés qui dans son article 33 défini ce dernier comme étant toute personne craignant des persécutions « en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ».

En nous référant aux faits relayés par les journalistes sur la situation à Goma, des nombreux sinistrés ont été obligés d'abandonner leur demeure face au danger imminent que représente l'éruption volcanique. Il s'agit ici d'une manière de définir une catégorie particulière de déplacement forcé ayant pour cause une dégradation de l'environnement.

Cependant, le concept “réfugiés environnementaux” ne fait pas l'objet d'une consécration officielle. Il existe une multitude des expressions qui sont employés en lieu et place de celle-ci. Comme l'affirme Christel Cournil ces dénominations sont utilisées, en fonction des ambitions de ceux qui en usent : institutions ou acteurs politiques, ONG, agences onusiennes, experts et universitaires. Ainsi l’usage de cette catégorie émergente se présente-t-il aujourd’hui comme un appel à la “communauté internationale” et aux gouvernants en vue de sensibiliser et d’agir face aux risques liés aux changements climatiques qui pèsent sur certaines populations.

Promouvoir aujourd'hui ce concept soulève des nombreuses questions, de même que les contours de cette notion. Ne va-t-il pas détruire les bases et fondement qui ont été posé par la convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés et, par conséquent, remettre en cause la logique déployée par le droit international des réfugiés de l’après-guerre ?

Le droit d'asile ne serait-il pas chamboulé par l'avènement d'une nouvelle catégorie qui jusqu'à lors ne fait pas l'objet d'un consensus ne fus que sur sa définition ?

Ce sont là des interrogations que se posent la communauté scientifique et dont les réponses n'ont toujours pas été trouvée.

2. Qu’est-ce qu’un réfugié climatique ?

L'expression “réfugié climatique” est trompeur dans la mesure où en droit international, le terme « réfugié » fait allusion aux personnes qui fuient la guerre ou la persécution et qui franchissent une frontière internationale. Le changement climatique affecte les personnes dans leur propre pays ; en règle générale, il provoque des déplacements internes avant de pousser les gens au‑delà des frontières. Selon l'Agence des nations unies pour les réfugiés, il serait plus commode de parler de personnes déplacées dans le contexte du changement climatique”

En définitive, pour répondre à la question que nous nous sommes posé au début de notre réflexion, nous pouvons affirmer sans la crainte d’être contredit que les déplacés de la ville de Goma qui sont allés se réfugier au Rwanda peuvent être classé dans la catégorie des “personnes déplacées dans le contexte du changement climatique” car comme le révèle une étude dirigée par l'Université de Birmingham et publié au début du décembre 2019 : les émissions de gaz à effet de serre libérées directement par le mouvement des roches volcaniques sont capables d'engendrer un réchauffement climatique massif.