[Analyse] Réflexion sur la laïcité en RDC

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   INTRODUCTION

L’histoire nous apprend qu’un peuple s’identifie au travers de sa culture ; un peuple sans culture devient un aliéné culturel et à ce propos BAKOLE WA ILUNGA écrit : « l’aliénation est la situation de celui qui ne s’appartient plus soi-même, qui dépend d’un autre en ce qu’il pense, sert et fait ; bref, en tout ce qu’il est… »[1]

En 1894 – 1895, l’Etat indépendant du Congo a connu une nouvelle fois de la faillite. Le gouvernement belge qui lui avait déjà accordé des prêts décida   de son annexion   qui a pris la forme en janvier 1895, d’un traité   de cession de l’Etat Indépendant du Congo à la Belgique. Durant la période coloniale au Congo, l’Église s’occupait de certains domaines de la vie sociale notamment l’éducation.

Pour mettre fin à cette forte connotation religieuse et majoritairement chrétienne dès l’indépendance, P.E Lumumba prend un   engagement très fort et dans son programme gouvernemental déposé le 20 juillet 1960 sur les bureaux des deux chambres du parlement, il écrit : « le gouvernement s’engage à assurer aux habitants de la République les grandes libertés humaines, en tout premier lieu la liberté de religion. Le gouvernement empêchera par tous les moyens qu’une religion, quelle qu’elle soit, soit imposée directement ou indirectement, notamment par la voie de l’enseignement. A cet effet, il proclame la séparation absolue entre l’Etat et les Églises. (…) la République du Congo sera un Etat laïc, démocratique gouverné par le peuple pour le peuple. »[2] 

Il faut attendre la constitution de 1974 pour voir le caractère laïc de l’Etat inscrit dans la constitution pour la première fois, et repris systématiquement depuis lors. Et l’article 1er de la constitution de 1974 mentionna nous citons : « La République du Zaïre est un Etat unitaire, démocratique, social et laïc ».[3] Pour perpétuer cette volonté, la constitution du 18 février 2006 reprend en son article premier le caractère laïc de l’Etat.[4] 

Hier, plus qu’aujourd’hui, ce caractère n’a cessé de soulever plus d’un problème entre ceux qui en défendent le bienfondé et ceux qui y trouvent un caractère diabolique de séparer l’Etat de l’Église. En l’occurrence Mgr Malula, alors Évêque auxiliaire de Léopoldville, lequel avait réagi vivement à la déclaration de P.E Lumumba, dans des termes non équivoques : « la religion n’est pas quelque chose d’importé dans ce pays. Le laïcisme au contraire, ce décret de la civilisation occidentale, importé au Congo par les ennemis de Dieu, n’est nullement de nature à nous ennoblir. (…) le laïcisme est un attentat à la vie religieuse du peuple bantou dont la vie privée, familiale et publique est toute entière imprégnée du sens religieux. »[5]

Aujourd’hui encore, les langues se déchirent avec l’avènement du nouveau président Felix Antoine Tshisekedi qui, quelques jours après son investiture à la magistrature suprême a organisé une journée de prière dite d’action de grâce ; cela nous amène à nous demander si la laïcité est antireligieuse ? Si le fait pour le chef de l’Etat d’organiser la prière et de prier au nom de Jésus (symbole de la chrétienté) viole la laïcité en rendant cette religion supérieure aux autres ? Et enfin si la RDC est implicitement un Etat chrétien ?

En axant notre réflexion autour de la présente dissertation nous allons en passant fixer les idées autour du caractère laïc de manière générale I, puis les raisons profondes de l’immixtion de la religion dans les affaires de l’Etat au Congo II et enfin cette analyse.  

I.1 Approche lexicale

Le terme laïc n’apparait pas dans la définition légale et cela n’est pas blâmable dans ce sens que la loi n’a pas pour mission de définir les concepts. Il revient à la doctrine d’en faire usage et préciser les contours.

La laïcité ou le sécularisme est le principe de la séparation de l’Etat et de la religion et donc l’impartialité ou la neutralité de l’Etat à l’égard des confessions religieuses.[6] Par extension, la laïcité et le sécularisme désignent également le caractère des institutions publiques ou privées qui sont indépendantes du clergé.

La laïcisation concerne avant tout la place et le rôle social de la religion dans le champ institutionnel, la diversification et les mutations sociales de ce champ en relation avec l’Etat et la société civile.[7]

FERDINAND BUISSON, un des inspirateurs des lois laïques de la 3ème République française définit plus précisément la laïcité, terme alors nouveau, comme étant la sécularisation des institutions politiques d’un Etat ; à savoir que cet Etat ne s’adresse à aucune religion officielle, ni ne suppose quelques actions diverses[8]. Le principe de séparation des pouvoirs politique et administratif de l’Etat et du pouvoir religieux en est une application.

Il sied de noter que le principe de séparation de l’Etat et l’église est souvent attribué au philosophe anglais John Locke qui, selon son principe de contrat social, affirme que l’Etat n’a pas de légitimité suffisante en ce qui relève de la conscience individuelle. En effet, la conscience ne peut être cédée rationnellement au contrôle de l’Etat.

I.2. Application concrète du principe de la laïcité

                  La laïcité est un concept étroitement lié à celui de la liberté d’expression, d’opinion et la liberté de conscience. Il est permis à chacun de pratiquer la religion de son choix, tant que cette pratique ne va pas à l’encontre des droits d’autrui. C’est dans cet ordre d’idée que le législateur congolais a précisé aux termes de l’article 46 alinéa 3 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 ce qui suit : « toute personne a le droit de manifester sa religion ou ses convictions, seule ou en commun, tant en public qu’en privé par le culte, l’enseignement, les pratiques, l’accomplissement des rites et l’état de vie religieuse sous réserve de l’ordre public ».[9]

Il y a lieu de souligner ici le fait pour le président de la République chef de l’Etat, de manifester ou de confesser sa foi chrétienne n’empiète en rien la liberté religieuse d’autres citoyens, d’autant que la participation à la cérémonie susmentionnée n’a pas été imposée moins encore obligatoire. Mais plusieurs critiques sont faites ou se font toujours entendre à ce sujet, à telle enseigne qu’on se demande si la laïcité est antireligieuse. 

I.3. La laïcité, une philosophie antireligieuse ?

Seule une laïcité bien comprise est une laïcité bien transmise souligne Ferdinand Buisson. En RDC, d’aucuns pensent que la laïcité est un concept ou une vision des occultistes mieux des satanistes, c’est aussi qu’en réplique au souhait de Patrice Emery Lumumba, celui qui était de faire de la République du Congo un Etat laïc, vision qu’il n’avait pas pu malheureusement accomplir de suite du sort qui lui avait été réservé ; Mgr Malula souligne que : « (…), pour les vrais nationalistes congolais, pour tous ceux qui aiment sincèrement ce pays, le laïcisme est un attentat à la vie religieuse du peuple bantou dont la vie privée, familiale et publique est toute entière imprégnée du sens religieux. Il renchérit en disant, je fais un appel solennel à tous ceux qui sont fiers et jaloux de leurs richesses traditionnelles pour repousser le matérialisme athée comme le pire des esclavages et comme étant diamétralement opposé à toutes les tendances religieuses de l’âme bantoue ».[10] La lecture minutieuse de propos tenus Mgr Malula ne laisse aucun doute pour lui comme pour tant d’autres citoyens que la laïcité serait un obstacle à leur religion mieux leur croyance.

A ce titre CATHERINE SAMARAY note que la laïcité n’est pas antireligieuse, elle traduit « une volonté de pacification dans un contexte d’affrontement, sa seule finalité est de régler les conditions de l’exercice des cultes au sein de la République ».[11]

Le caractère laïc de l’Etat, l’oblige à ne pas s’immiscer dans l’exercice de la liberté religieuse plus que la religion n’intervient dans l’Etat. C’est d’ailleurs dans cette optique que, voulant rappeler la mission de l’Eglise aux fidèles catholiques, le Pape Jean Paul II s’adressa aux chrétiens du Salvador en 1983 en ces termes : « Rappelez-vous mes très chers frères que vous n’êtes pas des leaders politiques ou des officiels de l’ordre temporel… »[12], il trouve un danger d’une politisation excessive du rôle de l’église et appelle celle-ci à distinguer la mission ecclésiastique des affaires publiques d’un Etat.

Dans le même ordre d’idée le pape Benoit XVI dans sa première encyclique insiste sur le fait que « la tâche de l’Etat est d’assurer la justice et que l’Eglise ne peut, ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible ».[13]

Il importe alors de savoir ce qu’est la religion !

I.4. Analyse de la religion

La loi ne définit pas la religion, l’explication profonde de cette situation on peut l’affirmer avec LAMY Emile, procède du caractère laïc du droit, comme on le sait, le droit moderne « est beaucoup plus laïcisé et ne dépend pas comme les droits antiques en général d’un mélange entre le droit et les prescrits religieux et magiques ».[14]

Il n’y a pas de définition qui soit reconnue comme valable pour tout ce que l’usage permet aujourd’hui d’appeler religion.[15] Le terme religio du latin, a été défini pour la première fois par Cicéron comme « le fait de s’occuper d’une nature supérieure que l’on appelle divine et lui rendre un culte ».[16]           

Historiquement les religions conçues comme des ordres dans lesquels est commandé ce qu’il faut faire et ce qu’il faut croire, sont apparus avec les partis religieux s’opposant les uns aux autres dans l’Europe du 16ème siècle. Ces parties sont en premier lieu catholiques et protestants.   Il sied de signaler que l’église est à considérer comme un édifice consacré aux cultes.

La fin de la guerre froide laissait espérer une ère de paix, mais on assiste à un redoublement des conflits au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie qui fait jour. Pour la mission de l’Église, c’est un appel à s’engager pour la paix et la réconciliation de façon renouvelée.

C’est dans cette optique que Jean VERNETTE écrit : « les gouvernements soutiennent volontiers, on le comprend, les sectes qui prêchent la soumission à l’Etat et à l’ordre social en faisant miroiter le bonheur de la justice et de la paix définitive dans l’au-delà[17]. Dans le même ordre d’idée professeur TSHIZANGA note que « l’Etat peut par moment se servir d’une ou plusieurs confessions religieuses pour la réussite de sa politique.[18]  Se servir d’une ou de plusieurs confessions religieuses pour la réussite de sa politique n’est-ce pas là la raison de l’immixtion religieuse dans la politique ? La séparation totale serait impossible, dans ce sens que l’Etat et la religion se battent tous deux pour l’intérêt d’un même sujet, citoyen de l’Etat d’une part et fidèle de l’église d’autre part.

II. LA LAICITE CONGOLAISE A L’EPREUVE DES FAITS RELIGIEUX

II.1. L’immixtion religieuse dans les manifestations politiques

  1. Histoire

En 1908 le Congo devient une colonie de la Belgique dont Léopold II est le Roi constitutionnel, n’a aucun lien avec cette nouvelle entité politique « africaine ». Léopold II s’appuie sur l’Église catholique qui y délègue des missionnaires, donnant ainsi naissance à un Etat à fort connotation cléricale. Il leur confie l’éducation des indigènes.

Notons que pendant la période coloniale, se sont succédés une pléthore de ministres catholiques pendant 487 mois, quelques libéraux pendant 133 mois et un socialiste pendant une semaine. Pendant les quatre cinquièmes de sa durée totale, la gestion coloniale belge est donc aux mains du parti catholique.[19]

Cette prise du pouvoir par le parti catholique était quelque peu mitigée dans la mesure où certaines autorités coutumières trouvées par les colonialistes étaient contraintes d’abandonner leur religion ancestrale. C’est dans cette optique que le souverain Nzinga Mvemba (Afonso 1er) n’hésitera pas à rejeter quelque temps après la religion d’Etat pour embrasser une religion étrangère à son pays, la religion chrétienne, et à se déclarer désormais « roi par la grâce de Dieu », le Dieu des chrétiens !

En 1706, par fidélité à cette religion nouvelle, un des successeurs d’Afonso 1er n’a point hésité à laisser les missionnaires Chrétiens bruler vive sur l’échafaud l’une de ses parents Kimpa Vita-Dana Béatrice accusée de sorcellerie alors qu’elle était chrétienne et, en même temps, prêtresse d’une des anciennes religions du royaume Kongo. Le moins qu’on puisse dire est que la rencontre en plusieurs temps très différents des sociétés   congolaises avec les religions (dites du livre) a été tout ce qu’on veut, sauf cordiales ou transparentes.[20] Aujourd’hui comme hier l’influence religieuse dans la politique congolaise n’est pas à démontrer.

  • Influence religieuse en politique au Congo

Sous cet angle, il est à constater que la production de discours politique inclut toujours les variantes religieuses, aspect que certains politiques justifient de l’émanation divine de toute autorité. Il sied de noter que tous les discours prononcés par la plupart d’hommes politiques congolais finissent toujours par la formule empruntée à la religion chrétienne « Que Dieu bénisse la République Démocratique du Congo ». A titre illustratif le président actuel [Felix Antoine Tshisekedi] lors de son premier discours sur l’état de la nation devant le congrès, a commencé par remercier le Dieu créateur et a clôturé son discours par un passage Biblique tiré de 1Corinthiens 10 :13.

Si la référence à Dieu peut être justifiée par le fait de croire en un Dieu créateur qui n’est lié à aucune religion, il n’est pas ainsi de celle faite à Jésus Christ et surtout dans une manifestation publique. Car si Jésus est une référence pour les chrétiens, il ne l’est pas pour les musulmans, les bouddhistes etc.  Si l’exercice de sa foi n’est pas interdit du fait de la laïcité qui est, comme l’a bien écrit le professeur YAV KATSHUNG,[21]  l’union de trois principes à savoir : « liberté de conscience, l’égalité de traitement de tous les citoyens quelle que soit leur conviction spirituelle et, l’idée selon laquelle la loi commune ne doit viser que l’intérêt commun ». Des limites peuvent cependant être fixées et bien entendu liées à cet exercice. L’on se demande si on peut bien séparer les faits politiques des faits religieux en RDC.

II.2. Relation Etat-Religion

                   Le rapport entre l’Etat et la religion a existé pour en RDC depuis des années et qu’il est inévitable dans la mesure où les deux sujets du dialogue s’intéressent au bien spirituel et matériel de la même personne, à la fois citoyen et fidèle de l’église. Cet enjeu est grave, considérant   l’indépendance de l’Etat par rapport aux forces religieuses, l’efficience de son action en vue des fins qu’il s’assigne, l’ordre public qu’il veut faire prévaloir, et la cohésion de la communauté dont il est responsable malgré le pluralisme religieux d’une part et le germe de cloisonnement qu’il porte en lui, d’autre part.

Autant de terrains où le droit de l’Etat, aussi bien que sa politique, et ceux des églises peuvent s’affronter ou collaborer ou se déployer chacun dans son domaine propre. C ’est cela l’esprit de l’article 76§6 de la constitution « conciliaire Gaudiun et spes » qui proclame que : « la communauté politique et l’église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. Mais toutes deux, quoi qu’à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes, rechercheront entre elles une saine coopération en tenant compte de circonstances, de temps et des lieux ».[22]

Est-ce parce que l’Eglise et l’Etat travaillent pour l’intérêt d’un même et seul individu que l’église catholique congolaise semble faire de la politique en ayant chaque fois une voix discordante d’avec les gouvernements qui se sont succédés en RDC ! Nous y voyons là une certaine ingérence de l’église, notamment catholique, dans la politique. 

  1. Quand l’église fait de la politique

Il arrive souvent à plusieurs citoyens de se demander si l’église catholique voulait se transformer en un parti politique. L’histoire retiendra que cette église a toujours donné sa voie sur la scène politique congolaise.

En 1991 Laurent MONSENGWO alors archevêque de Kinshasa a été choisi pour présider les travaux de la Conférence Nationale souveraine (CNS) devant discuter de la situation politique du pays et trouver éventuellement une voie de sortie de crise. Il fut plébiscité à l’unanimité grâce à sa posture de pasteur censé garder la neutralité dans la conduite de ces assises. Curieusement, contre toute attente, le prélat se rangera aussi parmi les grands décideurs par l’avis d’un vote ; scrutin à l’issue duquel Léon KENGO WA NDONDO l’emportera sur Etienne TSHISEKEDI qui au départ était préféré au précédent, vu sa résistance face aux multiples appâts de maréchal Mobutu.

En 2011 après la réélection contestée de Joseph Kabila, la conférence épiscopale du Congo (CENCO), parmi les observateurs des élections dénonçant plusieurs irrégularités des scrutins, toujours et encore Laurent MONSENGWO devenu cardinal déclara : « le résultat ne sont conformes ni à la vérité, ni à la justice », slogan repris par l’opposition congolaise avec à sa tête Etienne Tshisekedi Wa Mulumba. Pour le Vatican et l’église catholique congolaise, l’attitude adoptée en RDC par l’église était justifiée dans un pays où l’ombre de Mobutu planait encore et que monsieur Joseph KABILA s’était entouré de tous ces caciques qui ont pourtant détruit le pays durant le règne de Mobutu, l’église devait continuer sa lutte. Cette prise de position semblait contredire la vision du pape Benoit XI évoquée précédemment.

Si l’église ne fait pas de la politique elle est peut-être devenue un allié de l’opposition en RDC, ou est-ce une question d’intérêt individuel. En 2018 après les élections qui ont amené Felix Tshisekedi au pouvoir, l’église catholique toujours dans ses habitudes avec à sa tête archevêque Fridolin AMBONGO prend position derrière le candidat Martin FAYULU qui se disait être la vraie vérité des urnes, propos relayés par ledit archevêque lors d’une conférence de presse ; de même le cardinal MONSENGWO le déclara en ces termes « chance eloko pamba » qui veut dire « la chance n’est rien », pour douter de l’élection de Felix Tshisekedi.

Signalons cependant que, cette contestation ne sera pas de longue durée pour l’église catholique, car finalement celle-ci reconnaitra la victoire de Felix Tshisekedi aux élections. Mais, bien avant on a constaté une diversité de position au sein même de l’église.  Les églises de réveil de leur coté au travers de leur organisation avec à sa tête révérend KANKIENZA acceptèrent les résultats tels que publiés par la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante) ; tout en appelant à l’unité.  L’évêque MUKUNA alors Représentant légal de l’église ACK (Assemblée Chrétienne de Kinshasa) alla quant à lui en guerre contre les propos des prélats catholiques.

La prise de position de l’église catholique pendant toute cette  période post-électorale  est non seulement en contradiction avec la mission universelle de l’église telle que décrite par le Pape Jean Paul II dans son encyclique sur la mission du Christ rédempteur n°33-37 de 1990 ; mais également aux actes de l’assemblée plénière de la même église de 1967 où il est stipulé ceci : « l’église  du Congo ne peut cependant s’ingérer en aucune manière dans le gouvernement de la cité terrestre, le clergé ne doit donc exercer aucune fonction publique et doit éviter à tout prix de donner l’impression qu’il prend parti pour l’une ou l’autre fraction politique ».[23] 

L’église enseigne des lignes droites mais emprunte parfois des chemins obliques, ce qui nous fait penser aux reproches de Senghor faits aux français : « Dieu pardonne aux français, ils nous indiquent la ligne droite mais empruntent des chemins obliques ».[24] Pour l’église, les lignes droites sont bien l’amour du prochain, la paix, la tolérance (…) qu’elle prêche, et les chemins obliques se trouvent être la diversion, la prise de position en faveur de l’une ou l’autre fraction politique.

En bref, l’église ne fait pas de la politique comme l’Etat congolais n’a pas une religion d’Etat du fait de son caractère laïc ; l’église devrait cesser toute immixtion dans la politique congolaise de même que les autorités politico administratives devraient se réserver de mettre en exergue leur foi religieuse au sein des institutions publiques qu’elles dirigent.  

II.3. La laïcité dans l’espace public 

A ce propos, l’article 22 alinéas 2 de la constitution du 18 février 2006 souligne que : « Toute personne a le droit de manifester sa religion ou ses convictions, seule ou en groupe, tant en public qu’en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques, l’accomplissement des rites et l’état de vie religieuse, sous réserve du respect de la loi, de l’ordre public, des bonnes mœurs et des droits d’autrui ».[25] Pour savoir distinguer l’espace public qui doit être laïc ou non, nous nous référons aux idées de CATHERINE SAMARAY qui remet en cause les distinctions simples supposées « Laïques » entre sphère publique et privée.

Selon l’auteur, il y a trois espaces publics tels que définis par la loi française de 1905 comme en précise la ligue des droits de l’homme dont les frontières ne sont plus forcément étanches et stables.[26] 

  • L’espace privé, intime, de l’individu et de la famille ;
  • L’espace public social, lié à la société civile ;
  • L’espace public civique, de l’Etat.

Conformément à cette distinction, le congrès devant lequel le président Felix Tshisekedi avait tenu son 1er discours sur l’état de la nation, est un lieu ou espace public civique de l’Etat, de ce fait, il ne peut y témoigner son appartenance à une religion quelconque car cet espace devrait être caractérisé par la laïcité à la différence du stade de martyrs où il avait avec d’autres églises organisées une journée d’actions de grâce.

    CONCLUSION

Pour clore cette réflexion, il convient de noter que la laïcité n’est pas antireligieuse elle est cependant un cadre idéal où se rencontrent toutes les croyances qui vivent sans discrimination. C’est qui fait de l’Etat laïc un Etat neutre et cette neutralité doit caractériser le fonctionnement des institutions publiques.

Pour ce faire, les animateurs desdites institutions devraient faire la part de chose selon qu’ils sont dans l’espace public civil ou dans l’espace public social. Il n’est pas facile pour un congolais de passer une journée sans proclamer son appartenance religieuse. Nombre de cadres ont été formés dans les écoles pour la plupart chrétiennes, ils se sentent moralement redevables à la religion de leur encadrement .

Tous, travaillant pour l’intérêt d’un même et seul individu, tous doivent y contribuer mais chacun dans la sphère qui est sien. L’Etat doit rester neutre et ses animateurs sans qu’il leur soit interdit la liberté de pensée et de religion, ils doivent exprimer leur appartenance à l’Eglise, à l’espace public social, pas dans les institutions étatiques et surtout quand il faut s’appuyer sur une religion plus que sur les autres, cela n’ira sans poser problème à ceux qui se réclament laïcs, lesquels ne sont pas athées.

________________________________________________                                       

  BIBLIOGRAPHIE

  1. TEXTES LEGAUX ET REGLEMENTAIRES
  2. La Constitution Zaïroise de 1974
  3. La Constitution de la République Démocratique du Congo du 18 février 2006
  4. Constitution Conciliaire Gaudium et Spes
  5. Loi n°004/2001 du 20 Juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux associations sans but lucratif
  6. Actes de l’Assemblée plénière de l’église Catholique
  7. OUVRAGES
  8. BAKOLE WA ILUNGA, Conditions et voies de développement intégral du zaïre, Kananga, éd.de l’archidiocèse, 1980
  9. JEAN BAUBEROT, Laïcité 1905-2005, entre passion et raison, Seuil 2004.
  10. FERDINAND BUISSON, Extrait de laïcité, dictionnaire de pédagogie et d’institution primaire
  11. LAMY EMILE, Le droit privé zaïrois, vol. 1ère Introduction à l’étude de droit écrit, du droit coutumier zaïrois, PUZ, Kinshasa 1975.
  12. JEAN PAUL WILLAINE, Sociologie des Religions, PUZ Que sais-je ? 2010.
  13. JEAN GRODDIN, La philosophie de la Religion, Paris, PUZ, 1997
  14. KOSSI FUATE, L’Or noir, Paris, PUZ 1987
  15. REVUE ET ARTICLES
  16. PAPE JEAN PAUL II « Encyclique sur la mission du Christ rédempteur n° 33-37 » 1990
  17. PAPE BENOIT XVI « Deus Caritas Est, n°28 »
  18. YAV KATSHUNG « Laïcité : principe ou exception au barreau de Lubumbashi ? » in provincial, 2011

 TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION.. 2

I.     GENERALITES SUR LA LAÏCITE ET LES RELIGIONS. 4

I.1 Approche lexicale. 4

I.2. Application concrète du principe de la laïcité. 4

I.3. La laïcité, une philosophie antireligieuse ?. 5

I.4. Analyse de la religion. 6

II. LA LAICITE CONGOLAISE A L’EPREUVE DES FAITS RELIGIEUX.. 8

II.1. L’immixtion religieuse dans les manifestations politiques 8

II.2. Relation Etat-Religion. 9

II.3. La laïcité dans l’espace public. 12

CONCLUSION.. 13

BIBLIOGRAPHIE.. 14

TABLE DES MATIERES. 15


[1] BAKOLE WA ILUNGA, conditions et voies du développement intégral du Zaïre, Kananga, Edition de l’archidiocèse, 1980, P.3

[2] P.E Lumumba cité dans Éducation citoyenne, laïcité en RDC sur Wikipédia.org, consulté le 10 :12 :2019

[3] Art. 1er de la Constitution

[4] Art. 1 de la Constitution du 18 février 2006

[5] Cardinal Malula dans Éducation citoyenne, laïcité en RDC sur Wikipédia.org, consulté le 10/12/2019

[6] « Histoire de la laïcité, genèse d’un id »al, Dieu et César : une liaison dangereuse » sur http://fr.m.Wikipédia.org/wiki, consulté le 3/12/2019

[7] Jean Bauberat, laïcité 1905 – 2005, entre passion et raison, seul, 2004, P.53

[8] Ferdinand Buisson, Extrait de la laïcité, dictionnaire pédagogique et d’institution primaire, lecture sur Wikipédia.org, consulté le 10/12/2019

[9] Art. 46 al 3 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant disparitions générales applicables aux associations sans but lucratif et aux établissements publics.

[10] Education citoyenne, laïcité en RDC sur Wikipédia.org, consulté le 10/12/2019

[11] Catherine SAMARAY, « Solidarités n°128 cahiers émancipation I » lecture sur www.solidarités/islamlaicité.org, consulté le 12/12/2019

[12] Pape Jean Paul II, « Encyclique sur la mission du Christ rédempteur, n°33-37, 1990

[13] Pape Benoit XVI « Deus caristas est, n°28 » 2010

[14] LAMY Emile, le droit privé Zaïrois, vol Ier, introduction à l’étude de droit écrit, des droits coutumiers zaïrois, PUZ, Kinshasa, 1975, P.16

[15] Jean Paul WILLAINE, sociologie des religions, PUF, Que sais-je ? Paris, 2010, P.112

[16] Jean GRODDIN, La philosophie de la Religion, Paris, PUF, coll. Qui sais-je ? 2009, pp.66-73

[17] Jean Vernette, les sectes, que sais-je ? PUF, Paris, 1997, P.102

[18] TSHIZANGA MUTSHIPANGU ; Liberté religieuse dans l’ordonnancement juridique congolais, P.35

[19] La laïcité en RDC sur Wikipédia.org, consulté le 10/12/2019

[20] Elikia M’bokolo, la question de la laïcité ou Congo (RDC) ; origines, perspectives, sur Wikipédia.org, consulté le 21/12/2019

[21] YAV KASTHUNG J. « laïcité : principe ou exception au barreau de Lubumbashi ? », in provincial, 02/11/2011

[22] Art. 76 §6 de la constitution Gaudiun et Spes (Eglise catholique universelle). 

[23] Actes de l’assemblée plénière de l’église catholique du Congo, 1967, P.112

[24] Kossi FUATE, l’or noir, paris, P.U.F, 1987, p.94

[25] Art. 22 al 2 de la constitution du 18/02/2006

[26] Analyse de la commission laïcité de la ligue des droits de l’homme (LDH) mais 2005, au www.ldh-france.org, consulté le 20/12/2019.

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